La psychodynamique du travail

La psychodynamique du travail, initiée par Christophe Dejours à la fin des années 1970, a pour objet l’analyse du rapport entre santé mentale et travail et se définit comme l’analyse des processus psychiques mobilisés par la rencontre entre un sujet et les contraintes de l’organisation du travail. Dans ce courant, le modèle de l’homme est issu de l’anthropologie freudienne, à partir de laquelle on considère que le sujet aborde le monde du travail avec l’ensemble de ce qu’il est et de ce qu’il cherche à accomplir dont il n’a qu’une conscience confuse et partielle. Quand cette quête personnelle peut se poursuivre en situation de travail, alors le travail participe à l’accomplissement de soi. Lorsque l’organisation du travail fait obstacle à la transformation de la souffrance en plaisir, alors le travail peut être particulièrement délétère pour la santé mentale. Il n’y a pas de neutralité du travail vis-à-vis de la santé mentale.

La théorie du travail

Références prises sur le site Souffrance et Travail (des outils de formation y sont disponibles gratuitement)

Si le travail peut rendre malade, c’est parce qu’il est au coeur de la préservation de notre santé physique, mentale et sociale. Cette théorie est défendue par Christophe Dejours et la discipline qu’il a créée: la psychodynamique du travail. A ce jour, le travail demeure le pacificateur individuel et social essentiel – un concept fondateur de la prévention des RPS.

J’ai très mal au travail par Christophe Dejours : https://youtu.be/BLet1cNcGlw

Quelles sont les pathologies psychiques du travail?

Nous classons les pathologies psychiques liées au travail en deux grandes familles:

  • Les pathologies de surcharge (burnout, épuisement, fatigue, addictions, hyperconnectivité)
  • Les pathologies de la solitude (conduites suicidaires, suicides, harcèlements)

Pathologies de surcharge

Les pathologies de surcharge au travail, comme leur nom l’indique, surchargent et débordent le psychisme, l’organisme et aussi les comportements.

  • NOUVEAU! Prévenir et soigner le Burn-Out (pptx), de Marie Pezé, pour Préventica Paris 2003
  • NOUVEAU! Burn-out partout, burn-out nulle part (pptx), de Marie Pezé, pour Préventica Lyon 2022
  • NOUVEAU! Place et intérêt du bilan neuropsychologique pour évaluer les dégâts de la sphère cognitive dans un contexte d’épuisement professionnel (pptx ou pdf), d’Elsa Merle
  • NOUVEAU! L’hyperconnectivité : quand l’outil se retourne contre le travailleur (docx ou pptx), de Marie Pezé, pour Préventica Lyon 2022 et Préventica Paris 2023

Pathologies de la solitude

Les pathologies de la solitude prescrite sont, ellesgénérées par les nouvelles organisations du travail qui mettent les travailleurs en concurrence les uns avec les autres (benchmark, ranking, évaluation individuelle) et brisent les collectifs de travail, la construction de la solidarité. Nous parlons là des suicides en lien avec le travail et des situations de harcèlement moral.

Le lien avec l’organisation du travail

Faire le lien entre les troubles psychiques et le travail est un débat majeur. Deux camps s’opposent. Le premier va soutenir l’existence de managers toxiques et de salariés fragiles, expliquant les RPS par la psychologie individuelle. Le second, appuyé sur les recherches cliniques en santé au travail et en prévention des RPS, et confirmé scientifiquement par les enquêtes épidémiologiques SUMER 2003, 2010, 2016, Dares, DGT, rappelle que l’organisation du travail  est un déterminant majeur  de la santé physique et mentale.

Pour aller plus loin: Qu’est-ce que le travail vivant?

Propos de C. Dejours parus dans l’article intitulé « Le travail vivant » N°101 d’avril 2023 paru dans la revue PRATIQUES.

« La définition du travail (…), le travail vivant, ça vient de la confrontation entre la psychanalyse et l’ergonomie. Dans le laboratoire de Wisner, les ergonomes démontrent qu’il existe toujours un décalage entre le travail prescrit et le travail effectif. Ça, c’est la grande découverte fondamentale de l’ergonomie, qui est abyssale en réalité, parce que c’est là que se concentrent toute l’énigme et tout le processus absolument passionnant et bouleversant du travail vivant. Tout travail est encadré par des prescriptions, des procédures… Ce qu’ont trouvé les ergonomes, c’est que les gens ne font jamais ce qui est prescrit. Il y a toujours un décalage entre le travail prescrit et le travail effectif. La tâche, c’est ce qu’il faut faire. Ce que les gens font effectivement, c’est l’activité. Tout le problème, c’est ce décalage-là. Pourquoi il existe, de quoi est-il fait et surtout, comment les gens traitent ce décalage. S’ils étaient totalement obéissants et s’ils exécutaient exactement les ordres qu’on leur donne, ça ne marcherait plus ! Aucune industrie, même pas une chaine de montage, ne peut fonctionner si les gens obéissent strictement aux ordres. Ça s’appelle « la grève du zèle » et ça a été utilisé à certains moments dans les mouvements sociaux. »

« Le problème, c’est qu’il faut inventer par soi-même le mode opératoire qui va permettre de gérer ce décalage entre le prescrit et l’effectif. Là se trouve engagée toute l’intelligence humaine, toute la subjectivité et, du coup, toute la santé. Le travail vivant, c’est ce qu’il faut ajouter à l’organisation du travail prescrit pour que ça fonctionne. »

« Cette centralité du travail avec la centralité de la sexualité se résout de la façon suivante : le travail vivant, ça n’est pas seulement ce que je viens de vous décrire. Il faut ajouter à l’organisation du travail ce qui n’est pas donné par les prescriptions. Et cela, il faut le trouver par soi-même, c’est ce qu’il faut ajouter par soi-même. La poiesis, c’est le terme grec pour dire le travail de production, le travail de fabrication. En réalité, pour pouvoir faire ça, il faut que je trouve par moi-même le chemin qui convient ; même lorsqu’il s’agit d’une soudure sur une voiture ! Pour arriver à faire des soudures correctes, à la vitesse et la cadence, il faut que je trouve par moi-même le mode opératoire efficace. Personne n’a jamais enseigné à un ouvrier « à tenir une cadence ». Il va falloir qu’il trouve par lui-même en fonction de sa propre idiosyncrasie, c’est-à-dire sa personnalité, ses caractéristiques physiques, son sexe, son âge, ses antécédents médicaux. Comment va-t-il trouver l’équilibre du corps et de la tête pour pouvoir tenir la cadence ? Il faut qu’il l’invente, ça ne va pas venir comme ça. Pour jouer du piano, c’est pareil, il va falloir y mettre toute sa subjectivité, et pas seulement y penser pendant le temps de travail, mais y penser en dehors de son travail et puis aller jusqu’à rêver de son travail. Ce qu’on appelle « les rêves professionnels », sont en fait « des rêves de travail ». Ils ont un rôle tout à fait important dans la découverte de ces nouvelles habiletés qu’il s’agit d’acquérir. Pour le piano, le chemin par lequel je vais trouver la manière de toucher le clavier, ce n’est pas la même que celle du professeur. Chacun a suivi son chemin puisqu’on n’est pas parti du même endroit, on n’a pas la même personnalité, on n’a pas la même histoire. »

« Quand on a compris tout ça, on se rend compte qu’acquérir une nouvelle habileté, ce n’est rien d’autre que se transformer soi-même. Il y a, donc, un premier temps dans le travail qui est la poiesis, la production, mais je ne réussirai à faire un travail de qualité qu’à condition d’accepter un deuxième temps, qui est le travail de soi sur soi, qui va jusqu’aux rêves, qui va envahir ma subjectivité jusque dans mes insomnies, dans mes inquiétudes. Que ce soit pour conduire la centrale nucléaire ou face à des malades, quand on est médecin, psychiatre ou psychologue, ou quand on fait du terrain, on est envahi, on est tourmenté par les défis et les difficultés du travail (ce qu’on désigne par le terme de « réel du travail »). Si on ne se laisse pas envahir par ça, on n’arrivera jamais à gagner les habiletés. Le deuxième temps du travail de soi sur soi, c’est ce que Freud discute partout dans son œuvre, qui prend le nom de « arbeiten », « travailler », « die arbeit », « le travail ». Il y a un premier temps qui est poiesis, et un deuxième temps qui est arbeit. Ce sont les deux volets du travail vivant ou les deux faces de la même pièce. » 

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